31 juillet 1998, une heure du matin, une fois de plus, nous sommes sur le quai de la gare de Montauban, en attente du « Parisien », le train qui va nous conduire au départ de notre Centrionale. Les contrôleurs manquent d’attraper un « coup de sang » quand ils nous voient embarquer les vélos. Mais tout s’arrange vite, on nous ouvre le fourgon à bagages, vide, nous y resterons jusqu’à notre arrivée en gare de Châteauroux, c’est dire que la nuit ne fut pas très confortable !
Nous attendons un peu que les boulangeries ouvrent, avant de nous lancer dans la lueur de l’aube naissante à travers les grandes plaines céréalières où les énormes bottes de paille, entassées forment des cathédrales.
Après le bourg de Lignères le paysage devient plus bocager. Par de petites routes, nous arrivons à la Maison du Centre de la France. Aménagée sur l’aire de repos d’une autoroute, elle donne quelques renseignements sur ce lieu bien particulier.
Un peu plus loin, Bruère Allichamps, c’est le départ pour notre Centrionale vers la Belgique, à 500 kilomètres de là. Notre premier arrêt est pour admirer le château de Meillant. Après avoir traversé une grande forêt, nous entrons à Dun sur Auron, joli bourg du Berry.
Les supermarchés étant déjà fermés, il est tout juste midi ; nous devons nous rabattre sur des petits commerces, toujours plus chers et sans grand choix ! Un joli parc traversé par l’Auron est idéal pour le repas, suivi d’une sieste récupératrice, après notre nuit ferroviaire…
L’après-midi sera cool. Passé le château de Jussy, nous traversons le champ de tir du camp d’Avord, un genre de no man’s land peu sympathique. A nous les longues lignes droites à travers les chaumes de blé. Le seul intérêt ; les belles églises romanes berrichonnes.
Nous achevons l’étape dans une ferme du hameau de Gardefort. Notre hôte, très fier de son potager, et de sa collection de fuchsias, nous fait une visite détaillée, et pour améliorer le menu du repas, offre une salade et une bouteille de vin de Sancerre de sa récolte. Très, très bonne nuit.
Samedi 1er août : il ne reste que quelques kilomètres à travers le vignoble en pente, pour atteindre Sancerre, ville pittoresque aux ruelles pentues. Nous y prendrons notre petit déjeuner. Après avoir traversé la Loire à Cosne, nous trouvons une petite route pour aller glaner le BCN de Saint Verain. Quelques côtes, de belles forêts à traverser pour arriver à Saint Amand en Puisaye où nous prendrons notre repas à l’ombre près d’un terrain de tennis.
La traversée de cette région où alternent étangs, forêts et prairies, est agréable, nous sommes dans l’Yonne, l’accent bourguignon est agréable à entendre. Dans le gros bourg d’Aillant se prépare une foire à la brocante, elle semble devoir être très importante.
Un peu plus loin, à Joigny, assez grande ville où nous trouvons le ravitaillement, mais aussi, une exposition moderne, dans le style Dali, que j’ai beaucoup apprécié. Soirée dans une ferme près de Dixmont. On nous installe dans la nursery d’un élevage de pintades, heureusement, vide pour le moment !
Dimanche 2 : nous traversons de vastes plateaux entrecoupés de vallées verdoyantes, ainsi que des villages au nom bizarre : Cerisiers, Les Sièges, Molinons, Vauluisant, etc. quelques biches sont aperçues furtivement ! A Romilly, nous profitons de l’unique épicerie ouverte, pour acheter les provisions de la journée.
Un peu plus loin, un pont sur la Seine marque notre entrée dans le département de la Marne. Après avoir franchi l’Aube, c’est une vaste plaine où pommes de terre et betteraves sucrières sont la culture dominante. Dans le peu de villages traversés, nous ne trouvons âme qui vive !
Il faut attendre Vertus pour rencontrer une peu d’animation, mais la cave dégustation de champagne est fermé le dimanche, tant pis pour le touriste ! Près de la jolie église romane, un étang peuplé de cygnes, ces jolis volatiles ne sont pas bien aimables, attaquant de leur bec, tout imprudent s’approchant d’eux, pour le bonheur du photographe.
Le paysage change brusquement, le vignoble de Champagne d’étale tout autour de nous bien aligné, affichant des noms prestigieux pour les amateurs du vin noble : Veuve Clicot, Moët-Chandon, etc. Contournant Epernay et Aÿ, nous franchissons la Marne alors que l’orage gronde sur la Montagne de Reims.
Une ferme, dans le hameau de Fontaine, offre son hangar. Nous mangerons à la cuisine en regardant le tour de France à la télé. Une omelette améliore notre repas arrosé d’une bouteille de champagne de derrière les fagots !
Lundi 3 : surprise, ce matin il y a du brouillard. Un café bien chaud avant de partir vers Louvois, où nous déjeunerons plus copieusement près du château du célèbre ministre de Louis XIV. Quelques côtes pour sortir de la Montagne de Reims, et du vignoble, avant de traverser de vastes plaines où champs de pavots et de chanvre font leur apparition.
Midi, nous sommes à Rethel. Repas sur les rives de l’Aisne. la chaleur est assez pénible, surtout dans les côtes qui vont nous mener à Signy l’Abbaye, abbaye dont les ruines sont bien modestes, par contre, le terrain de camping, complètement désert, offre son eau chaude pour un rasage collectif.
Par de jolies petites routes, nous ferons un crochet sur Charleville-Mézières où se tient la Semaine Fédérale. Nous nous mêlons à la foule des 11.000 cyclos, qui en cette fin de journée, circulent à travers les stands où l’on peut voir tout ce qu’un cycliste peut espérer acquérir, pour sa «petite reine ».
Patrick plaine, initiateur de nos Centrionales, nous conte des dernières aventures à vélo. Pour l’hébergement, nous allons à Prix, le village proche de la permanence. Un agriculteur met à notre disposition un local près de sa stabulation. Chacun aura son matelas mousse, le lait est offert à discrétion.
Mardi 4 : aie ! le temps a changé, la pluie est au rendez-vous. Un grand Thermos de café chaud nous attends, alors qu’à la ferme s’effectue la traite des vaches. A la permanence de la Semaine Fédérale, les cyclos ne sont pas enthousiastes au départ !
C’est par petits groupes que l’on s’élance dans le crachin. Tant pis, nous partons quand même ! Un facteur effectuant sa tournée nous assure que «c’est le dernier mardi de la semaine avec de la pluie ! ». Le parcours est agréable, le crachin est assez supportable.
Nous nous contenterons du moyen circuit qui s’étire dans la Thierache Ardennaise, et nous amène pour midi dans la curieuse ville fortifiée en étoile de Rocroi. Nous allons vainement en quête d’un restaurant – complet – et pas bien envie d’accueillir le client. Nous devons nous rabattre aux sandwichs vendus sous la halle, chers et pas fameux.
Les majorettes tentent d’amener une note de gaieté, mais sous un parapluie, c’est triste, en plus l’air s’est beaucoup rafraîchi. Heureusement le soleil revient pour nous sécher l’ors du retour vers la permanence, où nous prenons le temps de visiter les stands.
Mercredi 5 : enfin le soleil qui pointe au-dessus de la brume qui a envahie la vallée. A la permanence nous rencontrons quelques amis, restés prudemment la veille sous leur tente ! notre itinéraire nous fait quitter la Semaine Fédérale. Nous irons admirer la place Ducale de Charleville, avant de prendre la vallée de la Meuse au tracé sinueux.
Monthermé, joli village, site BCN bien choisi, ils le sont tous. Les méandres de la rivière nous ont rapprochés de la Belgique.
A Fumay le supermarché est bien placé pour s’approvisionner. nous irons prendre notre repas dans le parc de jeux de Fepin, que borde la Meuse. Il ne reste qu’une vingtaine de kilomètres, passant près de Chooz et sa centrale nucléaire, objet de bien des contestations écologiques, et voici Givet, ville presque enclavée en Belgique. C’est la fin de notre Centrionale, mais ce n’est qu’un épisode du voyage !
Dès la frontière franchie, une belle piste cyclable nous attends. Construite à l’emplacement d’une ancienne voie ferrée, c’est un régal sur une quarantaine de kilomètres, de parcourir doux vallonnements et forêts sombres, sans un bruit de moteur. Beaucoup d’autres cyclistes empruntent cette piste.
Mais tout à une fin, à l’approche de Chimay, pays de la bière brune, nous retrouvons camions, autos et motos, celles-ci semblent préparer un Grand prix, passant à folle allure près de nous. L’étape se fera dans une grande ferme, construction neuve, que le propriétaire à fait lui-même, ce qui représente je ne sais plus combien de milliers de briquettes rouges, à la mode de cette région sans pierres.
Jeudi 6 : un beau soleil inonde la plaine bordée des grandes forêts de la Rance et de Trelon. C’est dans ce village français que nous allons déjeuner, un quémandeur de cigarette est vite remis en place. Le trajet est vallonné, beaucoup de villages traversés, et nous retrouvons la Belgique, sans vraiment nous en rendre compte.
Pour midi, nous trouvons les ombrages d’un petit bois sur les rives de la Sambre. Au menu saucisses grillées. Dans l’après-midi, la ville de Binche, célèbre pour ses figurants de carnaval, les Gilles, nous irons voir leur musée, dont le conservateur nous parle longuement de ses exploits à vélo !
Traversée d’une région minière où les terrils ondulent le paysage, et puis nous trouvons Nivelles dont le centre ville nous fait «apprécier» les pavés du Nord ! Après la visite de l’église aux vitraux magnifiques, nous filons vers Bruxelles, mais avant, il faut trouver en remplaçant au pneu arrière de Marc qui a complètement rendu l’âme.
Près d’un nœud d’autoroutes s’élève le Lion de Waterloo où Napoléon acheva ses conquêtes. Nous irons dormir dans une ferme de ma connaissance, ancien hôpital anglais durant la bataille de 1815, elle est classée monument historique. Son propriétaire actuel vient d’en fouiller le puits qui fut comblé après la tuerie, aucune découverte, si ce n’est quelques poteries brisées.
Jeudi 6 : beau temps pour rejoindre la capitale belge, mais très grosse circulation. Une piste cyclable traversant les forêts permet d’arriver en ville sans trop de peine. Mais quelle métropole ! Nous nous contenterons de visiter la «Grand-Place» bordée de maisons pittoresques et l’Atomium, souvenir de l’exposition universelle de 1958, que j’avais visité à l’époque l’ors d’un voyage en Suède.
Sortir de cette ville tentaculaire n’est pas évident. Mais nous trouvons tout de même le bon chemin. Les pistes cyclables sont nombreuses, mais leur revêtement n’est pas fameux, presque toutes les traversées de villages sont pavées, pas terrible pour rouler !
Saint Niklaas, grande ville avec de belles maisons, ne fait pas exception. Paysage tout plat avec des prairies où paissent des vaches aux pis gonflés de lait. Sans transition, nous entrons au Pays-Bas. Tout de suite les pistes cyclables s’améliorent, nous traversons des polders, et quelques moulins à vent apparaissent.
La route vient buter sur l’embouchure de l’Escaut, large ici de trois ou quatre kilomètres, un service de bac (gratuit pour les cyclistes), assure la traversée. La Zélande Beveland, presqu’île gagnée en partie sur la mer, est d’une platitude extrême.
Beaucoup de fermes coquettes ressemblant plus à des villas luxueuses, qu’à des bâtiments agricoles. Dans le village de Kapelle un fermier nous offre sa grange. La soirée est consacrée à la visite de la localité où chaque maison possède un jardinet rivalisant de goût pour sa décoration. Marc, peu enclin à la marche apprécie peu cette balade !
Samedi 8 : nous irons déjeuner dans la ville de Goes où tout respire la propreté, pourtant dans le jardin public, nous trouvons plusieurs enveloppes de paquets de hachisch, en vente libre ici. La grande route qui traverse la Zélande est doublée d’une belle piste où nous croisons un nombre important de cyclistes de tout âges, ce qui démontre que lorsque l’on est en sécurité sur la route, la bicyclette trouve beaucoup d’adeptes.
A Middelbourg, grande ville ayant conservée ses remparts, le centre ville est un plaisir à visiter. Nous allons un peu plus loin retrouver l’embouchure de l’Escaut, encore plus large que la veille.
L’océan n’est pas loin, l’air est vif, il actionne d’immenses éoliennes judicieusement placées dans ce site venté. Sur l’autre rive, à Breskens, nous tombons sur une journée «vide grenier », tout le monde a déballé ses «trésors» oubliés au fond d’un placard. La foule est dense, aussi nous allons vite nous réfugier au calme d’un cours de tennis pour manger, et nous profitons des lavabos et des douches, pour une toilette générale et bien rafraîchissante.
Sous la chaleur nous traversons la plate Zélande : pommes de terre, betteraves en sont les principales cultures. Lorsque nous retrouvons la Belgique et entrons en Flandre, aucun changement. A Brugges nous nous laissons charmer par l’ambiance de la ville aux multiples canaux. La journée s’achève dans une ferme flamande du côté de Pervijze.
Dimanche 9 : le brouillard s’étend sur la plaine, il faudra attendre d’être sur la plage de Panne pour voir arriver en quelques minutes le soleil. Déjà beaucoup de monde en ce «jour du Seigneur ». Quelques kilomètres à travers les dunes et nous retrouvons la France à Bray-Dunes, départ pour une nouvelle Centrionale.
La foule arrive, nous remontons sur vingt kilomètres un bouchon de voitures. Marc se fait un plaisir d’annoncer aux malheureux automobilistes de ce qui les attends pour voir l’océan ! Du côté de Steenvoorde nous quittons les champs de pommes de terre et de betteraves, pour un semblant de montagne avec le Mont des Cats, dont l’abbaye occupant le sommet est l’occasion d’une visite intéressante.
Nous traversons beaucoup de villages complètement déserts, même Béthune et son joli beffroi manque totalement d’animation. nous parcourons l’ancien bassin minier, une succession de bourgs, le paysage se vallonné à l’approche de Mont Saint Eloi, avec même un peu de piste caillouteuse pour atteindre ce lieu dominé par les ruines d’une abbaye.
Pour trouver l’hébergement, il faut pousser jusqu’au hameau d’Acq, on nous propose une maison meublée, le propriétaire nous fait déguster son vin de groseilles, et sa servante offre, en cachette, des œufs pour compléter notre repas !
Lundi 10 : le café ingurgité, nous commençons une journée de canicule. L’Artois et ses côtes qui surprennent après plusieurs journée de platitude. Les moissons vont bon train, c’est vraiment l’été. Midi nous trouve sur les rives de la Somme. Corbie possède un beau parc, nous en profitons longuement.
L’après-midi, écrasés par la chaleur, nous essayons de trouver un peu d’ombre dans la vallée de l’Avre. A Montdidier pays s’honorant d’être la patrie de Parmentier qui en tant qu’apothicaire vulgarisa la pomme de terre, c’était en 1786, est pour nous une halte Coca Cola bienfaisante.
Pour achever cette étape, peu de fermes à l’horizon, nous avisons un château aux grandes dépendances. Après les présentations, Marc se trouve des affinités d’études avec les enfants du propriétaire. Du coup, on nous propose des chambres, douche, etc. Des gens aisés, amis du Comte de Paris, nous ne saurons même pas leur nom, mais sur le bureau, beaucoup de papiers à entête de l’Assemblée Nationale ?
Mardi 11 : le petit déjeuner nous attends, préparé par Céline, nos hôtes savent recevoir, alors que les domestiques arrivent, nous reprenons notre route. Contournant la forêt de Compiègne, nous entrons en banlieue parisienne. Après Senlis, la forêt d’Ermenonville et sa mer de sable sera un mauvais souvenir pour Marc, trois crevaisons, la poisse !
Plus nous approchons de la capitale, plus la circulation s’intensifie, nous croisons beaucoup d’autoroutes et de lignes de TGV. A hauteur de Roissy en France ce sont les avions qui font un ballet incessant au-dessus de nos têtes. Après avoir traversé la Marne à Lagny, une déviation pour travaux nous fait perdre le fil de notre itinéraire.
Nous retrouvons un peu de calme dans la Brie, et c’est au village d’Ozouer le Voulgis que l’on nous offre une grange, mais il fait si chaud que nous préférons la prairie à l’herbe fraîche.
Mercredi 12 : le temps a changé dans la nuit, il y a même quelques gouttes de pluie. Fausse alerte, le soleil sera vite de retour. A Blandy les Tours, le village entoure un château en ruines. Nous traversons une partie de la belle forêt de Fontainebleau pour atteindre Milly la Forêt, village où repose Jean Cocteau.
Mais avant nous avons visité Barbizon qui garde vivace le souvenir de ses peintres célèbres tel Corot ou Millet dont ses œuvres : les Glaneuses ou l’Angélus, ornèrent la plupart des maisons françaises du début du siècle.
En tout cas, le Syndicat d’Initiative de Milly n’a que faire des touristes, on nous fait «poireauter» un très long moment avant de nous faire comprendre qu’il était près de midi et que l’on avait pas le temps de nous renseigner !
Du coup, nous irons manger à Malesherbes dans un parc bien ombragé, près du château. Nous traversons de belles vallées à perte de vue, champs de blé et de betteraves. Le vent de dos, les kilomètres s’avalent facilement, avec quand même un arrêt Coca Cola à Beaume la Rolande, un litre et demi vite “ évaporé” dans nos gosiers desséchés.
La forêt d’Orléans offre un peu d’ombre si ce n’est de fraîcheur avant de traverser la Loire à Sully. Nous sommes en Sologne, région des grosses propriétés et des chasses privées. C’est au fond d’un chemin creux, dans une ferme isolée tenue par de braves gens, que nous logerons, une caravane fera l’affaire pour cette nuit en pleine nature.
Jeudi 13 : le café est tout chaud sur la grande table de la cuisine, notre hôtesse se fait un plaisir de nous conter sa vie avec ses 11 enfants, elle est toute fière de nous montrer la photo de ses noces d’or entourée de 46 descendants !
Les petites routes de Sologne sont bien agréables à parcourir dans l’air frais du matin, quelques biches peureuses sont aperçues à l’orée des petits bois. Chaque village traversé offre un clocher de forme différente alors que nous nous enfonçons dans le Berry.
Les Aix d’Angillon, un gros bourg où nous trouvons une table bien ombragée pour le repas, avant de traverser la grande plaine couverte de champs de blé et de tournesols. Mais, voici qu’à Avord, nous venons buter sur une route fermée pour cause de tir militaire. Il faut contourner cette zone interdite, soit un long détour venté. Pour nous tenir compagnie, un avion école qui sans arrêt s’envole et atterrit au-dessus de nous.
Nous retrouvons calme et vent de dos dans la forêt de Meillant. Nous serons vite au pied du drapeau de Bruère Allichamps marquant le Centre de la France. Notre Centrionale est achevée.
Maintenant, il faut finir l’étape. Bruère n’ayant pas de commerce, nous poussons jusqu’à Saint-Amand par la jolie abbaye de Noirlac sur les rives du Cher. Pour se loger, on nous recommande le château des Epourneaux sur la commune de Saint Georges de Poissieux.
Belle bâtisse dominant la vallée, les propriétaires, une famille d’architectes italiens, habitant Venise, nous reçoivent comme des amis. Une chambre est mise à notre disposition, nous finirons la soirée avec nos hôtes sur la terrasse du château, bien installés sur des chaises longues, afin de profiter au maximum de la «nuit des étoiles filantes», et les météorites sont bien au rendez-vous !
Vendredi 14 : un café italien, rien de mieux pour vous mettre en forme le matin. Parcourir la campagne berrichonne avec la traversée de quelques beaux villages : Culan, Châteaumeillant, mais surtout Sainte Sévère qui nous enchante avec le souvenir tenu vivace de «Jour de Fête », le film fétiche de Jacques Tati.
Nous ferons le repas de midi près d’un petit ruisseau coulant au pied de la ville, il se révèle être l’Indre près de sa source. Le paysage change beaucoup : petites routes bordées de haies, vallonnements nombreux et l’herbe des près toute jaune, marque d’une sécheresse évidente.
La montée vers le bourg de Crozant dominant les gorges de la Creuse est étouffante. Nos petites routes deviennent un labyrinthe pour le franchissement de la RN 20, nous tournons un peu en rond sur des chemins mal indiquées. Après Saint Benoît du Sault qui prépare sa fête locale, nous trouvons une ferme au calme. Nous pourrons faire une nouvelle soirée étoiles filantes, avant de nous endormir.
Samedi 15 : départ matinal avant la chaleur, avec une première halte à Le Dorat pour y visiter sa magnifique église, ce qui sert de prétexte pour un contrôle BPF, le premier de la Haute-Vienne que nous allons parcourir de long en large. Une vingtaine de kilomètres plus loin, c’est Châteauponsac, encore l’église et surtout un beau parc pour notre halte de midi, avec une petite sieste pour laisser tomber la chaleur.
Maintenant les prairies jaunies sont occupées de belles vaches rousses de race limousine. Nos petites routes se font de plus en plus accidentées, surtout après le village de Folles, nous approchons des Monts d’Ambazac, avec après être passés au site BPF de Saint Sulpice Laurière, un petit col à franchir, le premier de notre voyage, 456 mètres d’altitude sur un chemin bordé de fougères et de digitales.
A Ambazac c’est la fête, nous nous mêlons un peu à la cavalcade. La région est très touristique, un peu trop près de Limoges pour trouver facilement à coucher, beaucoup de villas ou de résidences secondaires, mais enfin près de Thouron on nous installe dans une vieille maison, matelas pour la nuit, œufs et tomates pour fêter ce 15 août, le bon-heur !
Dimanche 16 : nous sommes dans une région d’étangs, ils se succèdent jusqu’à Cieux, encore un BPF. Joli parcours jusqu’à Oradour sur Glane, village martyr dont les habitants furent tués et brûlés par des soldats SS. Parcourir ses rues en ruines où les commerces abondaient, est un trajet émouvant, qui envoûte.
Nous filons vers la vallée de la Vienne, le parcours n’est jamais plat, ce qui nous fait arriver à Aixe sur Vienne juste après midi, et pour tout arranger, les supermarchés sont fermés le dimanche. Allons voir un peu plus loin ! Rien avant Nexon, un restaurant au menu moyen nous sauve la mise.
Nous irons faire la digestion dans le parc du château où une école du cirque fait voir l’adresse des tout jeunes jongleurs et funambules. Il faut bien continuer l’étape, en montée vers Les Cars, bourgade près d’un émetteur TV dont le haut mat jaillit, immense, de la forêt touffue. Arrivés à Chalus, nous y faisons le dernier contrôle BPF du 87.
Quelques belles ruines dans la ville, mais l’une d’elle, une tour de guet, s’est effondrée sur une maison voisine, pas de chance ! Joli trajet dans cette région de collines. Saint Yrieix traversé, toujours pas l’ombre d’un commerce ouvert pour le repas du soir, c’est l’angoisse, et puis, justement dans le petit bourg d’Angoisse, épicerie et boulangerie sont ouvertes.
Du coup, sans angoisse, nous cherchons à nous loger. Un vieux paysan méfiant nous installe dans sa grange, heureusement, un Bordeaux 1983 arrose un repas quand même assez frugal !
Lundi 17 : avec notre entrée en Dordogne nous avons retrouvé l’accent de chez nous. Alors que l’imposant château de Hautefort apparaît dans le lointain, les maisons typiques du Périgord disséminées dans la campagne sont toutes belles à regarder.
Des châteaux aux toits de lauses ornent chaque village : Badefols, Le Lardin, Salignac, etc. La campagne où l’activité du moment est la récolte du tabac, s’orne de nombreuses pancartes ventant le foie gras ou le confit de canard. Dans la vallée de la Borrèze un terrain de football servira de lavoir, les buts seront des étendoirs où le soleil aura vite fait sécher notre lessive.
Souillac, pays de connaissance, nous aurons bien de la peine à y trouver du pain, car l’étape se fera à Lamothe Fénelon, chez des amis de Marc qui, prévenus de notre passage, ont préparé un repas copieux, arrosé d’un Cahors généreux.
Mardi 18 : comme toutes les bonnes choses, ce voyage à une fin. Par des routes connues nous rejoignons le beau pont Valentré de Cahors pour midi. Maintenant qu’une autoroute vient d’être inaugurée, nous testons le retour par la RN20. Un revêtement splendide, très peu de voitures, absence de camions, voici un itinéraire que depuis une quinzaine d’années le flot des autos nous avait fait abandonner.
Nous irons même faire un crochet pour le col de Viandès, l’unique du Tarn et Garonne. En fin d’après-midi Montauban est retrouvé, 2506 kilomètres de parcourus, 2 Centrionales, la Semaine Fédérale, 2 pays étrangers, 3 semaines du mois d’août qui se sont écoulées dans le bonheur, et les frais de tout ceci, diront les pragmatiques ? et bien ils se sont élevés à 492 francs par personne soit la journée à 25,90F, essayez chez vous de vivre à moins !
Louis Romand
Mais comment faites vous pour dénicher ces hébergements si sympathiques et bon marché; une étude avant de partir est elle nécessaire où est ce à l’inspiration sur le chemin ce qui m’étonnerait fort quand même !
Merci pour votre question et de l’intérêt que vous portez a mon site.
C’est peut être difficile a croire, mais nous partons toujours a l’aventure, sans rien préparer, a part l’itinéraire sur la carte. Cela nous réserve toujours des surprises, et souvent bonnes!
Amicalement,
Marc